La transidentité - le transsexualisme
La transidentité recouvre un certain nombre de situations dans
lesquelles une personne ressent le besoin irrépressible d’adopter,
ponctuellement ou définitivement, les comportements et attributs
sociaux du genre (masculin ou féminin) auquel elle s’identifie,
en contradiction avec son sexe génital.
Dans certains cas, il s’agira de transvestisme occasionnel. Dans
d’autres, des personnes pourront vivre alternativement avec deux
identités sociales, masculine et féminine.
Ou bien assumer une situation intermédiaire, un genre non marqué.
Ou encore vivre intégralement dans le genre contraire du sexe.
Enfin, certaines personnes aspirent à une modification corporelle
pouvant aller jusqu’à des interventions chirurgicales de
changement de sexe, on parle alors plus précisément de
transsexualisme.
Aucune de ces situations n’est figée, leur évolution
va se réaliser de façon sensiblement différente
selon les personnalités et la manière dont elles seront
perçues par l’entourage, et plus largement la société.
Parce qu’elle est socialement très mal connue, la transidentité
risque d’enfermer l’individu concerné dans une grande
détresse morale, surtout s’il ne peut l’exprimer.
Ce n’est ni un fantasme ni une forme de sexualité
Cela ne s’apparente pas à l’homosexualité,
qui est une orientation sexuelle (« vers qui suis-je attiré(e)
? »).
C’est un questionnement identitaire (« qui suis-je réellement
? »), dont les origines, génétiques, physiologiques
ou psychologiques, sont à ce jour inconnues et font toujours
l’objet de débats entre « spécialistes ».
Ce n’est pas un « choix », pas plus que ne l’est
un quelconque handicap
Bien que concernant généralement des personnes par ailleurs
équilibrées et ne souffrant d’aucune pathologie
d’ordre psychiatrique, les divers modes d'expression de la transidentité
sont toujours classés par l’Organisation Mondiale de la
Santé comme une catégorie de troubles mentaux (inscription
dans la CIM-10, chap. 5, F 64.0 à 64.9). Cette classification
est le seul moyen actuel permettant, le cas échéant, la
prise en charge par la sécurité sociale des traitements
médicaux appropriés.
Cependant, en mai 2009, la ministre de la santé française
a annoncé sa décision de retirer le transsexualisme de
cette classification au niveau du système de santé français
pour le placer dans les « affections hors liste » tout en
continuant la prise en charge financière.
Vocabulaire
• Syndrome de Benjamin
Se dit en référence au médecin américain
Harry Benjamin qui, en 1949, identifia la transidentité comme
un « syndrome » particulier, et le qualifia d’entité
nosographique « qui n’est ni une perversion, ni une homosexualité
». Benjamin fut le premier à prescrire des traitements
hormonaux, préalables au geste chirurgical.
• Dysphorie de genre
État de malaise souvent lié à la transidentité.
• MtF, FtM
De l’anglais Male to Female (masculin vers féminin), Female
to Male (féminin vers masculin).
• Transgenre (de l’anglais transgender)
Désigne selon les interprétations soit l’ensemble
des personnes transidentitaires, qu’on nomme également
« trans’ », soit de façon restrictive les personnes
vivant plus ou moins dans l’autre genre sans transformation corporelle
majeure (chirurgie génitale).
• Intergenre
Caractérise une situation en permanence mouvante, la personne
refusant la binarité liée aux genres masculin/féminin.
• Transsexualisme
Il s'agit de la volonté de modification corporelle, qui peut
aller jusqu'à la chirurgie de l'appareil génital. A défaut
de terme mieux approprié, on préférera le mot «
transsexualisme » à « transsexualité »,
auquel la racine « sexualité » confère une
connotation inexacte.
• Transsexuel(le)
Se dit d'une personne impliquée dans une démarche de transsexualisme.
Le mot se décline au masculin ou au féminin selon le genre
de destination de la personne concernée.
Transsexualisme : Quelles réponses ?
Dans le passé, les nombreuses expériences qui ont été
tentées (électrochocs, lobotomies, traitements virilisants
pour les transsexuelles à vocation féminine, traitements
psychiatriques…) ont été aussi inhumaines qu’inefficaces.
La psychanalyse et toutes formes de psychothérapie s’avouant
également impuissantes à « guérir »
ce ressenti, la seule réponse médicale appropriée
s’est révélée être, pour les personnes
en faisant la demande, l’aide à la transformation physique
par le traitement hormonal, complété le cas échéant
par la chirurgie.
Le
parcours transsexuel
Rappel : Toutes les déclinaisons de la transidentité sont
possibles, et leur impact personnel et social s’avère très
différent selon les cas. Les éléments décrits
ci-dessous ne s’appliquent, partiellement ou en totalité,
qu’aux personnes transidentitaires faisant appel à la médecine.
Le terme de parcours est habituellement employé pour désigner
les étapes successives d’une transition intégrale
d’un sexe vers l’autre, qui évoquent effectivement
l’image d’un « parcours du combattant » ! Durant
toute cette période, le ou la transsexuel (le) vivra une situation
socialement éprouvante, avec une apparence physique de plus en
plus éloignée de son identité officielle.
En France, après avoir été suivie par un psychiatre
sur une période d’observation de 1 à 2 ans minimum
(délai actuellement imposé par la sécurité
sociale, alors que les recommandations internationales le limitent à
3 mois), la personne concernée peut obtenir l’accès
à un traitement hormonal et, généralement un an
plus tard, l’autorisation pour une ou des intervention(s) chirurgicale(s),
qu’elle devra souvent attendre encore une à plusieurs années.
Ce n’est qu’en toute fin de parcours et uniquement pour
les personnes ayant recours à la chirurgie génitale, que
peut être obtenu par requête devant le Tribunal de Grande
Instance un changement d’état civil, conforme au genre
de destination.
Les associations françaises liées à la transidentité
demandent depuis un certain temps l’évolution de ces procédures
inadaptées.
Le traitement médical
et para-médical
Il s'effectue, dans le contexte actuel, sous la conduite d'une équipe
médicale pluridisciplinaire (au minimum psychiatre et endocrinologue).
Après évaluation psychiatrique, le traitement consiste
en
la prise d’hormones : œstrogènes pour les MtF, testostérone
pour les FtM, souvent associées respectivement à des anti-androgènes
et des anti-œstrogènes.
L’hormonothérapie, dont les effets sont plus ou moins importants
selon les personnes, est à poursuivre à vie et nécessite
une surveillance attentive de la part d’un endocrinologue.
Parallèlement à ce traitement, les MtF entreprennent une
épilation définitive du visage par laser et/ou électrolyse
ainsi qu’une rééducation vocale.
S’y ajoutent le cas échéant, et le plus souvent
à la charge des patient(e)s : intervention sur les cordes vocales
(FtM et MtF) et chirurgie maxillo-faciale de féminisation pour
les MtF (réduction du cartilage thyroïde, rhinoplastie…).L’étape
finale est, dans certains cas, la chirurgie de réassignation
sexuelle :
- mastectomie, hystérectomie, parfois métaoidioplastie
ou phalloplastie chez le FtM,
- vaginoplastie, mammoplastie chez la MtF.
Les interventions sur les organes génitaux ne sont autorisées
que dans un hôpital public et sont évidemment irréversibles.
Cependant, suite à un certain nombre d’échecs intervenus
dans des hôpitaux français et face à la longueur
des délais de mise en œuvre, bon nombre de transsexuel(le)s
s’orientent à présent vers d’autres pays de
la communauté européenne (Belgique, Angleterre et Allemagne),
voire vers des destinations plus lointaines où opèrent
des chirurgiens de réputation internationale (Canada, USA, Thaïlande).
Tous ces soins font l’objet d’un encadrement administratif
rigoureux par la sécurité sociale, après admission
en ALD (Affection Longue Durée).
Il est regrettable qu'aucune décision n'ait encore été
prise par le Ministère de la Santé pour former de manière
très large des médecins à ces questions, mais également
et plus spécifiquement des chirurgiens compétents dans
les techniques très délicates et encore en devenir de
conversion sexuée.
A cet égard, il faut noter que le remboursement des opérations
effectuées hors Europe n’est actuellement obtenu de la
sécurité sociale que dans des cas très spécifiques
d’urgence ou de soins non dispensés en Europe. D’autres
régimes d’assurance sociale se montrent parfois plus conciliants.
Trans' et Société
La prise de conscience et l’acceptation de soi sont certainement
parmi les plus grandes difficultés liées à la transidentité.
Il faut parfois des années, voire des dizaines d’années,
pour oser affirmer sa différence et acquérir la certitude
que seule une transition permettra de résoudre sa « dysphorie
de genre ».
La plupart des « trans’» sont des personnes équilibrées
qui s’efforcent de s’intégrer socialement et de mener
une vie « normale », mais leur parcours de transition est
le plus souvent semé d’embûches.
Même si la société a connu une évolution
notable de ce point de vue, leur situation entraîne une fragilisation
et des risques non négligeables de marginalisation : rupture
de liens sociaux et affectifs (conjoint, parents, fratrie, enfants,
amis), perte d’emploi ou harcèlement moral, et autres formes
d’exclusion.
Leurs difficultés sont encore accrues par la situation administrative
kafkaïenne engendrée par le décalage entre leur image
et leur état civil : carte Vitale, papiers d’identité.
La France conditionne en effet le changement d’état civil
à la chirurgie de réassignation sexuelle, contrairement
à d’autres pays d’Europe, comme l’Espagne.
La réussite d’un parcours est grandement facilitée
par la faculté de compréhension et de soutien émanant
de l’entourage.
Quelques conseils relationnels pour vous, accueillant
La transidentité est une situation qui mobilise chez les personnes
concernées beaucoup de persévérance, d’énergie
et de courage.
Lorsqu’une personne « trans’» se présente,
même si son apparence n’est pas parfaite, il est préférable
de s’adresser à elle en employant le genre grammatical
correspondant à son aspiration identitaire. Dire « Monsieur
» à une trans’ MtF qui vient de passer deux heures
devant son miroir pour donner la meilleure image d’elle-même
peut s’avérer destructeur pour cette personne en attente
de soins ou d’aide sociale.
De même, on dira « une transsexuelle » (féminin)
au sujet d’une personne en parcours homme vers femme, et «
un transsexuel » (masculin) pour une personne en parcours femme
vers homme.
Enfin, il est tout indiqué, malgré les contradictions
administratives qui peuvent apparaître dans les dossiers, de communiquer
y compris par écrit en utilisant également le genre et
l’identité d’adoption.
C’est une mesure d’ouverture et de respect qui contribue
grandement au bien-être social de la personne.